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Liasse fiscale d'une SASU : contenu, délai et sanctions

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 9 minutes de lecture

Chaque année, une SASU soumise à l'impôt sur les sociétés doit transmettre à l'administration fiscale un ensemble de documents comptables et de déclarations normalisés : la liasse fiscale. Ce document permet au fisc de calculer précisément le résultat imposable de la société et de vérifier la cohérence des éléments déclarés.

La liasse fiscale ne doit pas être confondue avec le dépôt des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce, qui répond à une logique différente : la publicité légale de l'entreprise. Elle s'inscrit parmi les obligations fiscales de la SASU, aux côtés de la déclaration de TVA et du paiement de l'impôt sur les sociétés.

Cet article détaille le contenu exact de la liasse fiscale selon le régime d'imposition de la société, le délai de dépôt applicable et les sanctions encourues en cas de retard ou d'absence de déclaration.

Accès direct :

Qu'est-ce que la liasse fiscale d'une SASU ?

La liasse fiscale désigne l'ensemble des formulaires transmis chaque année par une entreprise soumise à l'impôt sur les sociétés pour déclarer son résultat imposable. Elle regroupe la déclaration de résultat proprement dite ainsi que plusieurs tableaux annexes qui détaillent la situation comptable et fiscale de la société : bilan, compte de résultat, tableau des amortissements, tableau des provisions, détermination du résultat fiscal, entre autres.

Une SASU relève par défaut de l'impôt sur les sociétés dès son immatriculation. C'est donc son résultat fiscal, calculé à partir de son résultat comptable puis corrigé de diverses réintégrations et déductions extracomptables, qui sert de base à la liasse fiscale.

Depuis 2015, la transmission de la liasse fiscale est obligatoirement dématérialisée pour toutes les sociétés soumises à l'IS, quel que soit leur chiffre d'affaires. Cette téléprocédure s'effectue selon deux modalités : le mode EDI (échange de données informatisé), utilisé par la plupart des experts-comptables, ou le mode EFI (échange de formulaires informatisé), accessible directement depuis l'espace professionnel du site des impôts.

Que contient la liasse fiscale d'une SASU ?

Le contenu précis de la liasse fiscale varie selon le régime d'imposition applicable à la société : régime réel normal ou régime réel simplifié. Ce régime dépend du chiffre d'affaires hors taxes réalisé par la SASU, sauf option volontaire pour le régime réel normal.

Le régime réel normal

Les sociétés dont le chiffre d'affaires hors taxes dépasse certains seuils, ou qui ont opté volontairement pour ce régime, relèvent du régime réel normal d'imposition. Leur liasse fiscale comprend la déclaration de résultat n° 2065 ainsi qu'une série de tableaux annexes numérotés de 2050 à 2059-G : bilan actif et passif, compte de résultat, tableau des immobilisations et amortissements, tableau des provisions, état des échéances des créances et des dettes, détermination du résultat fiscal, affectation du résultat, composition du capital social et tableau des filiales et participations.

Le régime réel simplifié

En deçà de ces seuils, la SASU relève de plein droit du régime réel simplifié d'imposition, sauf option contraire. Sa liasse fiscale est allégée : elle repose sur la déclaration n° 2065 accompagnée des annexes 2033-A à 2033-G, qui reprennent sous une forme simplifiée le bilan, le compte de résultat, le tableau des immobilisations et amortissements, le relevé des provisions, la détermination du résultat fiscal, la composition du capital social et l'affectation du résultat.

Les seuils déterminant l'application du régime réel simplifié sont fixés à 254 000 € de chiffre d'affaires hors taxes pour les activités de prestations de services et à 840 000 € pour les activités de vente de marchandises. Ces montants sont actualisés périodiquement par la loi de finances.

Régime réel simplifié Régime réel normal
CA HT prestations de services ≤ 254 000 € CA HT prestations de services > 254 000 €
CA HT vente de marchandises ≤ 840 000 € CA HT vente de marchandises > 840 000 €
Formulaires : 2033-A à 2033-G Formulaires : 2050 à 2059-G
Bilan et compte de résultat simplifiés Bilan, compte de résultat et annexes détaillées

Ce contenu se distingue de celui exigé pour le dépôt des comptes annuels au greffe, qui repose sur un jeu de documents plus restreint destiné à la publicité légale de l'entreprise, et non au calcul de l'impôt.

Point de vigilance

La liasse fiscale et le dépôt des comptes annuels au greffe sont deux démarches distinctes, même si elles reposent sur des documents comptables proches. La première est transmise à l'administration fiscale pour établir l'impôt dû par la société.

La seconde répond à une obligation de publicité légale, dont les délais et les destinataires diffèrent. Confondre ces deux formalités expose à un oubli, dans la mesure où l'exécution de l'une ne dispense jamais de l'autre.

Quel délai pour déposer la liasse fiscale d'une SASU ?

L'article 223 du Code général des impôts impose aux sociétés soumises à l'IS de déposer leur déclaration de résultat dans un délai de trois mois suivant la clôture de l'exercice comptable.

Lorsque l'exercice comptable coïncide avec l'année civile, c'est-à-dire lorsqu'il est clos le 31 décembre, la date limite de dépôt de la liasse fiscale n'est pas simplement fixée trois mois plus tard. Elle est alignée sur une date précise fixée chaque année par l'administration fiscale, généralement au cours du mois de mai. Cette date doit être vérifiée à chaque exercice sur le site des impôts, car elle peut varier légèrement d'une année à l'autre.

Pour un exercice clos à toute autre date que le 31 décembre, la règle des trois mois s'applique strictement. Une SASU dont l'exercice se clôture le 30 juin doit ainsi déposer sa liasse fiscale au plus tard le 30 septembre. Le calendrier fiscal de la SASU permet de situer cette échéance parmi l'ensemble des obligations déclaratives de l'année.

Comment transmettre la liasse fiscale d'une SASU ?

En pratique, la transmission en mode EDI, qui suppose de recourir à un partenaire habilité tel qu'un expert-comptable ou un éditeur de logiciel agréé, reste la plus répandue en raison de sa fiabilité et de sa capacité à traiter des jeux de données complexes. Le mode EFI, accessible directement depuis l'espace professionnel du site impots.gouv.fr, demeure utilisé par certaines petites structures gérant elles-mêmes leur comptabilité.

Selon la situation de la société, d'autres documents peuvent compléter la liasse fiscale : le relevé des frais généraux (formulaire n° 2067) lorsque certains seuils de rémunérations ou d'avantages sont dépassés, ou une annexe spécifique en cas de report de déficits antérieurs sur l'exercice déclaré.

Quelles sanctions en cas de retard ou d'absence de déclaration ?

Un retard dans le dépôt de la liasse fiscale déclenche d'abord un intérêt de retard, prévu par l'article 1727 du Code général des impôts. Son taux est fixé à 0,20 % par mois de retard, soit 2,4 % sur une année pleine, calculé sur le montant de l'impôt dû et applicable dès le premier jour suivant l'échéance.

L'article 1728 du même code prévoit en outre une majoration proportionnelle au montant de l'impôt : 10 % en cas de dépôt tardif mais spontané, 40 % si la déclaration n'est toujours pas produite trente jours après une mise en demeure de l'administration, et 80 % lorsque l'activité de la société est découverte non déclarée, ce qui constitue une hypothèse distincte d'un simple retard.

Si la déclaration reste absente trente jours après la mise en demeure, l'administration peut recourir à une évaluation d'office du bénéfice imposable, sur le fondement de l'article L68 du Livre des procédures fiscales. Dans cette hypothèse, la charge de la preuve est renversée : c'est à la société de démontrer que l'évaluation retenue est excessive, alors qu'en temps normal c'est à l'administration de justifier tout redressement.

Un retard dans le dépôt de la liasse fiscale peut également compliquer le calcul des acomptes d'impôt sur les sociétés de l'exercice suivant, ceux-ci étant généralement déterminés par référence au résultat de l'exercice précédent.

Checklist : bien préparer la liasse fiscale de sa SASU

Voici les points à vérifier chaque année pour transmettre une liasse fiscale complète, conforme au régime applicable et dans les délais impartis.

FAQ : liasse fiscale d'une SASU

La liasse fiscale d'une SASU diffère-t-elle si la société est soumise à l'IR plutôt qu'à l'IS ?

Une SASU relève par défaut de l'impôt sur les sociétés, mais elle peut opter, sous conditions strictes prévues par l'article 239 bis AB du Code général des impôts, pour le régime fiscal des sociétés de personnes pendant cinq exercices. Dans ce cas, la déclaration de résultat prend une forme différente, propre à ce régime, bien que le principe d'une transmission annuelle des documents comptables et fiscaux demeure identique.

Une SASU sans chiffre d'affaires doit-elle quand même déposer une liasse fiscale ?

Oui. L'obligation de déposer une liasse fiscale existe dès l'immatriculation de la société et ne dépend pas de la réalisation d'un chiffre d'affaires. Une SASU inactive doit produire une déclaration de résultat faisant apparaître un résultat nul ou déficitaire, accompagnée des documents comptables correspondants.

Le dépôt de la liasse fiscale dispense-t-il du dépôt des comptes annuels au greffe ?

Non. Ces deux formalités sont indépendantes, même si elles s'appuient sur des documents comptables proches. La liasse fiscale est transmise à l'administration fiscale, tandis que le dépôt des comptes annuels répond à une obligation de publicité légale distincte, effectuée auprès du greffe du tribunal de commerce.

Qui peut établir la liasse fiscale d'une SASU ?

L'associé unique ou le président peut théoriquement établir lui-même la liasse fiscale. En pratique, cette mission est très souvent confiée à un expert-comptable, notamment en raison de la technicité des tableaux fiscaux et de l'obligation de télétransmission en mode EDI, qui suppose de recourir à un partenaire habilité.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Articles 223, 1727 et 1728 (déclaration de résultat, intérêt de retard, majorations)
  2. Livre des procédures fiscales – Article L68 (évaluation d'office)
  3. impots.gouv.fr – La déclaration de résultats des entreprises
  4. BOFiP-Impôts – Bulletin officiel des finances publiques