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Charges non déductibles à l'IS : liste complète
Toutes les charges enregistrées en comptabilité ne peuvent pas être déduites du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés (IS). Certaines dépenses, bien réelles et parfaitement justifiées sur le plan comptable, doivent être neutralisées fiscalement parce que la loi les exclut expressément du calcul du bénéfice imposable.
Ignorer cette liste expose l'entreprise à un redressement en cas de contrôle fiscal. L'administration réintègre alors elle-même les charges concernées, avec des intérêts de retard et, selon les cas, des pénalités supplémentaires.
Cet article présente l'ensemble des charges non déductibles à l'IS, leur fondement légal précis et la manière de les traiter dans la déclaration de résultat.
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Qu'est-ce qu'une charge non déductible à l'IS ?
Une charge est dite non déductible lorsque, bien qu'elle soit régulièrement enregistrée en comptabilité et qu'elle corresponde à une dépense réellement supportée par l'entreprise, la loi fiscale interdit de la soustraire du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés.
Le résultat comptable et le résultat fiscal ne sont donc pas nécessairement identiques. Le premier reflète l'ensemble des charges et produits de l'exercice selon les règles comptables. Le second sert de base au calcul de l'impôt et correspond au résultat fiscal de l'entreprise, obtenu après un retraitement extra-comptable qui ajoute au résultat comptable certaines charges jugées non déductibles par la loi.
Cette opération s'appelle une réintégration. Elle ne remet jamais en cause la réalité de la dépense : l'entreprise a bien décaissé la somme concernée. La loi refuse simplement de laisser cette dépense diminuer la base sur laquelle l'impôt est calculé.
Les conditions générales de déductibilité d'une charge
Avant d'examiner la liste des charges expressément exclues, il faut rappeler les conditions générales que doit remplir toute charge pour être déductible du résultat imposable à l'IS. Ces conditions résultent de l'article 39 du Code général des impôts (CGI).
- Se rattacher à la gestion normale de l'entreprise
- Correspondre à une diminution effective de l'actif net
- Être appuyée de justificatifs probants
- Se rapporter à l'exercice concerné
Une charge qui ne remplit pas l'une de ces conditions générales peut être remise en cause par l'administration fiscale, indépendamment même des exclusions spécifiques détaillées ci-dessous. Les charges non déductibles énumérées dans cet article s'ajoutent donc à ces exigences de fond, sans s'y substituer.
Point de vigilance
Une charge non déductible sur le plan fiscal reste, dans l'immense majorité des cas, parfaitement licite sur le plan comptable. La non-déductibilité ne remet nullement en cause l'enregistrement de la dépense dans les comptes de la société : elle impose seulement de neutraliser son effet sur le résultat fiscal, au moyen d'une réintégration extra-comptable.
Confondre les deux notions conduit à une erreur fréquente. Certains dirigeants estiment, à tort, qu'une charge non déductible ne doit pas apparaître en comptabilité. C'est l'inverse : l'enregistrement comptable reste obligatoire dès que la dépense a réellement été supportée par l'entreprise.
Liste des charges non déductibles à l'IS
Le Code général des impôts exclut explicitement certaines catégories de charges de la déduction fiscale, quelles que soient par ailleurs leur réalité et leur justification comptable. Voici les principales catégories rencontrées par les sociétés soumises à l'IS.
L'impôt sur les sociétés et les contributions assimilées
L'impôt sur les sociétés ne peut jamais être déduit du résultat qu'il permet lui-même de calculer. Cette règle, prévue à l'article 213 du CGI, évite un raisonnement circulaire où l'impôt diminuerait sa propre base de calcul.
La même logique s'applique à la contribution sociale sur les bénéfices, égale à 3,3 % de l'IS dû, applicable au-delà d'un abattement de 763 000 €. Il en va de même pour la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), lorsqu'elle reste due dans le cadre de sa suppression progressive : contrairement à la cotisation foncière des entreprises (CFE), qui demeure déductible, la CVAE n'entre jamais dans les charges admises en déduction du résultat imposable.
Les amendes, pénalités et sanctions
Les amendes pénales, les majorations et pénalités fiscales, ainsi que les sanctions prononcées par une autorité administrative (URSSAF, autorités de régulation, douanes) ne sont jamais déductibles du résultat imposable. Cette exclusion, prévue au 2° de l'article 39 du CGI, vise toute sanction infligée en réponse à la violation d'une disposition légale ou réglementaire.
Cette règle ne concerne pas les pénalités de nature purement contractuelle, convenues entre deux parties privées dans le cadre d'un contrat commercial. Une pénalité de retard facturée à un client en cas de paiement tardif, par exemple, reste déductible pour celui qui la supporte, car elle ne sanctionne pas une infraction à la loi mais découle d'un accord librement négocié.
Les dépenses somptuaires
Certaines dépenses, jugées par nature étrangères à une gestion normale de l'entreprise, sont exclues de la déduction quelle que soit leur justification comptable. Le 4° de l'article 39 du CGI vise ainsi les charges liées à l'exercice de la chasse ou à la pêche non professionnelle, à l'utilisation de résidences de plaisance ou d'agrément, et à l'achat, la location ou l'entretien de yachts et bateaux de plaisance.
Cette exclusion ne s'applique pas lorsque ces biens ou activités constituent l'objet même de l'exploitation. Une société qui exploite commercialement un bateau de plaisance destiné à la location peut donc déduire les charges correspondantes, dans les conditions de droit commun.
L'amortissement excédentaire des véhicules de tourisme
L'amortissement des véhicules de tourisme utilisés par l'entreprise est plafonné en fonction du niveau d'émission de dioxyde de carbone du véhicule. Ce mécanisme, également prévu au 4° de l'article 39 du CGI, fixe un montant maximal au-delà duquel la fraction du prix d'acquisition ne peut plus être amortie fiscalement.
La fraction de l'amortissement calculée au-delà de ce plafond constitue une charge non déductible, qui doit être réintégrée au résultat fiscal chaque année, pendant toute la durée d'amortissement du véhicule. Les modalités précises de calcul de ces plafonds et leur articulation avec les autres amortissements déductibles à l'IS font l'objet d'un traitement spécifique selon la nature et l'ancienneté du véhicule.
Les rémunérations excessives ou non justifiées
Les rémunérations versées aux dirigeants et aux salariés ne sont déductibles que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives au regard du service rendu, conformément au 1° de l'article 39 du CGI. L'administration fiscale apprécie ce caractère excessif en comparant la rémunération versée à celle pratiquée pour des fonctions comparables dans des entreprises similaires.
La fraction jugée excessive n'est pas déductible du résultat de la société. Elle reste imposable entre les mains du bénéficiaire, généralement selon le régime des revenus de capitaux mobiliers plutôt que celui des traitements et salaires, ce qui alourdit sensiblement la charge fiscale globale de l'opération.
Les intérêts excédentaires sur comptes courants d'associés
Lorsqu'un associé laisse des sommes à disposition de la société sur un compte courant rémunéré, les intérêts versés ne sont déductibles que dans la limite d'un taux plafond, fixé chaque trimestre par référence au taux moyen pratiqué par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises, conformément au 3° de l'article 39 du CGI. Au-delà de ce taux, la fraction excédentaire des intérêts n'est pas déductible.
Pour les prêts consentis par une entreprise liée à la société emprunteuse, l'article 212 du CGI ajoute des conditions supplémentaires, notamment liées au niveau d'endettement de cette dernière. Ce dispositif de lutte contre la sous-capitalisation peut restreindre davantage la déduction des intérêts, même lorsque le taux appliqué respecte le plafond général.
Les dons et le mécénat
Les dons versés à des organismes d'intérêt général, dans le cadre du régime du mécénat prévu à l'article 238 bis du CGI, ne constituent pas une charge déductible du résultat imposable. Ils ouvrent droit, à la place, à une réduction d'impôt calculée sur le montant du don, dans la limite d'un plafond fixé à 0,5 % du chiffre d'affaires, ou 20 000 € si ce montant est plus favorable.
Lorsqu'un don a été enregistré en charges comptables, il doit donc être intégralement réintégré au résultat fiscal, avant que la réduction d'impôt correspondante ne soit imputée directement sur le montant de l'IS dû.
Les jetons de présence excédentaires
Les jetons de présence alloués aux administrateurs ou aux membres du conseil de surveillance d'une société anonyme sont déductibles dans une certaine limite, calculée par référence à la rémunération moyenne des salariés les mieux rémunérés de l'entreprise. La fraction versée au-delà de cette limite n'est pas déductible du résultat imposable.
Tableau récapitulatif des charges non déductibles
Le tableau suivant résume les principales charges non déductibles présentées dans cet article, avec leur fondement légal principal.
| Charge non déductible | Fondement légal principal |
|---|---|
| Impôt sur les sociétés et contributions assimilées | Article 213 du CGI |
| Amendes, pénalités et sanctions légales | 2° de l'article 39 du CGI |
| Dépenses somptuaires (résidences, yachts, chasse) | 4° de l'article 39 du CGI |
| Amortissement excédentaire des véhicules de tourisme | 4° de l'article 39 du CGI |
| Rémunérations excessives ou non justifiées | 1° de l'article 39 du CGI |
| Intérêts excédentaires sur comptes courants d'associés | 3° de l'article 39 et article 212 du CGI |
| Dons relevant du régime du mécénat | Article 238 bis du CGI |
| Jetons de présence excédentaires | Code général des impôts |
Comment traiter ces charges dans la déclaration de résultat ?
Une charge non déductible n'est pas retirée de la comptabilité de l'entreprise. Elle demeure enregistrée normalement, dès lors qu'elle correspond à une dépense réellement engagée. Son traitement fiscal intervient à un stade distinct, lors de l'établissement de la liasse fiscale.
Chaque charge non déductible identifiée au cours de l'exercice fait l'objet d'une réintégration extra-comptable, reportée sur le tableau n° 2058-A de la liasse fiscale, dans le cadre consacré aux réintégrations. Le montant total des réintégrations est ajouté au résultat comptable pour déterminer le résultat fiscal, base de calcul de l'impôt sur les sociétés.
Cette opération se distingue du traitement des provisions déductibles à l'IS, qui répondent à des conditions propres et peuvent, à l'inverse, faire l'objet d'une déduction extra-comptable lorsqu'elles remplissent les critères requis.
Checklist : vérifier les charges non déductibles avant la clôture
Avant de finaliser la déclaration de résultat, un contrôle systématique des charges susceptibles d'être non déductibles limite le risque de redressement. Voici les points à vérifier.
- Vérifier qu'aucune amende ni pénalité légale n'a été déduite du résultat comptable
- Identifier les dépenses somptuaires éventuellement enregistrées en comptabilité
- Comparer le prix d'acquisition des véhicules de tourisme au plafond d'amortissement applicable
- Vérifier que les rémunérations des dirigeants correspondent à un travail effectif et raisonnable
- Calculer le taux d'intérêt maximal déductible sur les comptes courants d'associés
- Réintégrer les dons éligibles au régime du mécénat avant d'appliquer la réduction d'impôt
- Contrôler que les jetons de présence versés respectent la limite légale de déduction
FAQ : charges non déductibles à l'IS
Les pénalités de retard facturées à un client par contrat sont-elles concernées par cette non-déductibilité ?
Non. Les pénalités de retard prévues contractuellement entre professionnels, par exemple en cas de paiement tardif d'une facture, résultent d'un accord privé et non d'une sanction infligée par une autorité publique. Elles restent donc déductibles, à la différence des amendes et pénalités visées au 2° de l'article 39 du CGI.
Ces règles de non-déductibilité s'appliquent-elles aussi aux entreprises soumises à l'impôt sur le revenu ?
Oui, largement. La majorité de ces règles figurent à l'article 39 du Code général des impôts, qui s'applique aux bénéfices industriels et commerciaux. L'article 209 du CGI renvoie à ces mêmes dispositions pour la détermination du résultat imposable à l'IS.
Les frais de repas d'affaires sont-ils considérés comme des dépenses somptuaires ?
Non, pas par nature. Les frais de repas d'affaires restent déductibles lorsqu'ils sont engagés dans l'intérêt de l'entreprise et justifiés par des documents précisant l'identité des convives et l'objet professionnel du repas. Seuls les excès manifestes peuvent être requalifiés en « dépenses somptuaires » ou en « acte anormal de gestion ».
Une charge non déductible doit-elle figurer sur une ligne spécifique de la liasse fiscale ?
Oui. Les réintégrations correspondant aux charges non déductibles sont reportées sur le tableau n° 2058-A de la liasse fiscale, dans la partie consacrée aux réintégrations extra-comptables, avant détermination du résultat fiscal définitif.
Sources légales et réglementaires :
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