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SASU vs auto-entrepreneur : que choisir ?

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 7 minutes de lecture

Choisir entre la SASU et le statut d'auto-entrepreneur revient à trancher entre deux logiques opposées : celle d'une société distincte de son dirigeant, et celle d'une activité exercée en nom propre avec un formalisme réduit. Cette décision détermine directement la protection de votre patrimoine, le montant de vos cotisations sociales et les limites de votre chiffre d'affaires.

Le statut d'auto-entrepreneur, aussi appelé micro-entrepreneur, convient à une activité qui démarre ou qui reste d'ampleur modeste. La SASU s'adresse à un projet dont le chiffre d'affaires dépasse les plafonds du régime micro, ou qui nécessite une structure juridique distincte de la personne du dirigeant.

Cet article compare les deux statuts sur les critères qui comptent réellement pour un créateur d'entreprise : la responsabilité, le régime social, la fiscalité, les formalités et les perspectives d'évolution.

Accès direct :

Deux statuts, deux logiques différentes

Le statut d'auto-entrepreneur n'est pas une forme juridique à part entière. Il s'agit d'un régime simplifié applicable à l'entreprise individuelle : aucune société n'est créée, et l'entrepreneur exerce en nom propre. Ce régime micro simplifie à la fois le calcul des cotisations sociales et celui de l'impôt sur le revenu.

La SASU, société par actions simplifiée unipersonnelle, est à l'inverse une véritable personne morale, distincte de la personne de son créateur. L'associé unique détient la totalité des actions et nomme un président, qui peut être lui-même, chargé de la gestion courante. Ce choix de structure s'inscrit dans une réflexion plus large sur le statut juridique à adopter pour son activité.

Depuis la loi du 14 février 2022, tout entrepreneur individuel, y compris le micro-entrepreneur, bénéficie automatiquement d'une séparation entre son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel, sans avoir besoin de créer une société pour l'obtenir. Cette évolution a réduit, sans supprimer, l'écart de protection entre les deux statuts.

La SASU, quant à elle, dispose d'un capital social librement fixé par l'associé unique, sans minimum légal imposé, et peut ultérieurement accueillir de nouveaux associés pour devenir une SAS classique.

Responsabilité et protection du patrimoine

Dans une SASU, la responsabilité de l'associé unique est limitée au montant de ses apports au capital social. En cas de difficultés financières de la société, les créanciers professionnels ne peuvent en principe pas se retourner contre le patrimoine personnel de l'associé, sauf s'il a consenti une garantie personnelle ou commis une faute de gestion caractérisée.

Pour l'auto-entrepreneur, la réforme du statut de l'entrepreneur individuel distingue désormais deux masses de biens : le patrimoine professionnel, constitué des biens utiles à l'activité, et le patrimoine personnel, qui reste hors de portée des créanciers professionnels dans les conditions de droit commun. Cette séparation opère automatiquement, sans formalité particulière à accomplir.

Cette protection reste toutefois plus étroite en pratique que celle d'une société. Le patrimoine professionnel peut englober une part significative des biens de l'entrepreneur dès qu'ils servent à l'activité, et les établissements bancaires demandent fréquemment une caution personnelle qui neutralise, dans les faits, la séparation légale des patrimoines.

Régime social et protection sociale

Le président de SASU relève du régime des dirigeants assimilés salariés, affiliés au régime général de la sécurité sociale pour l'assurance maladie, la retraite de base et la retraite complémentaire, à l'exception de l'assurance chômage. Les cotisations sociales sont calculées sur la rémunération réellement versée : en l'absence de rémunération, aucune cotisation n'est due, mais aucun droit à prestation n'est constitué pour la période concernée.

Le micro-entrepreneur relève du régime micro-social simplifié. Les cotisations sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires réellement encaissé, et non sur un bénéfice : de l'ordre de 12 % pour la vente de marchandises, et de 21 % à 22 % pour les prestations de services et les professions libérales. Aucune charge sociale n'est due en l'absence de chiffre d'affaires, mais les prestations qui en découlent (indemnités journalières, retraite) restent calculées sur des revenus déclarés souvent modestes.

Régime fiscal et imposition des bénéfices

La SASU est soumise à l'impôt sur les sociétés par défaut. Le taux réduit de 15 % s'applique sur les premiers 42 500 € de bénéfice sous certaines conditions, le taux normal de 25 % s'appliquant au-delà. Sous conditions strictes et pour une durée limitée, une SASU récente peut opter pour l'impôt sur le revenu à la place de l'impôt sur les sociétés ; ce choix mérite d'être posé au regard du régime d'imposition le plus adapté à la situation du dirigeant.

Le micro-entrepreneur est imposé à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux selon l'activité exercée. Un abattement forfaitaire pour frais professionnels est appliqué directement sur le chiffre d'affaires déclaré, sans qu'il soit nécessaire de justifier de charges réelles. Sous condition de revenu fiscal de référence du foyer, une option pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu permet de régler l'impôt en même temps que les cotisations sociales, en pourcentage du chiffre d'affaires.

Point de vigilance

Le régime de franchise en base de TVA n'est pas propre au statut d'auto-entrepreneur. Il s'applique à toute entreprise, y compris une SASU, dont le chiffre d'affaires reste sous certains seuils annuels fixés par la loi. Une SASU dont l'activité démarre peut donc, elle aussi, ne pas facturer de TVA à ses clients.

Ce mécanisme reste distinct des plafonds propres au régime micro-entrepreneur. Dépasser le seuil de la franchise en base de TVA n'entraîne pas, en soi, la perte du statut de micro-entrepreneur, contrairement au dépassement du plafond de chiffre d'affaires propre à ce régime.

SASU et auto-entrepreneur en un coup d'œil

Le tableau suivant synthétise les principaux critères à comparer avant de choisir entre les deux statuts.

SASU Auto-entrepreneur
Responsabilité limitée aux apports, patrimoine personnel distinct de celui de la société Patrimoine professionnel séparé automatiquement, mais protection plus étroite en pratique
Président assimilé salarié, affilié au régime général de la sécurité sociale Régime micro-social, cotisations calculées sur le chiffre d'affaires encaissé
Impôt sur les sociétés par défaut, option IR temporaire possible sous conditions Impôt sur le revenu avec abattement forfaitaire, versement libératoire possible
Aucun plafond de chiffre d'affaires Plafond annuel de 188 700 € (vente) ou 77 700 € (services et libéral)
Statuts, dépôt de capital et immatriculation au RCS, formalités payantes Déclaration en ligne simple et gratuite sur le Guichet unique
Comptabilité commerciale complète, comptes annuels déposés au greffe Livre des recettes, sans obligation de dépôt de comptes annuels
Peut accueillir de nouveaux associés et évoluer en SAS Ne permet pas d'associer d'autres personnes à l'activité

Formalités de création et gestion au quotidien

La création d'une micro-entreprise se limite à une déclaration en ligne sur le site du Guichet unique. Cette démarche est gratuite, ne requiert ni statuts ni dépôt de capital, et débouche sur une immatriculation rapide au registre national des entreprises.

La création d'une SASU suppose la rédaction de statuts, l'ouverture d'un compte pour le dépôt du capital social lorsque des apports en numéraire sont prévus, la publication d'une annonce légale et l'immatriculation au registre du commerce et des sociétés. Ces formalités entraînent des frais, généralement de l'ordre de quelques centaines d'euros selon les prestataires sollicités.

Au quotidien, le micro-entrepreneur tient un livre des recettes chronologique, complété d'un registre des achats en cas de vente de marchandises, et déclare son chiffre d'affaires à l'URSSAF chaque mois ou chaque trimestre. La SASU, à l'inverse, tient une comptabilité commerciale complète et dépose ses comptes annuels au greffe du tribunal de commerce chaque année, ce qui conduit la plupart des dirigeants à recourir à un expert-comptable.

Checklist : les signes qui orientent vers la SASU

Certains signaux indiquent qu'il devient pertinent de dépasser le statut de micro-entrepreneur pour créer une SASU. Voici les principaux à surveiller.

À l'inverse, le statut de micro-entrepreneur reste pertinent pour tester une activité, l'exercer en complément d'un emploi salarié, ou limiter les charges fixes lorsque le chiffre d'affaires reste irrégulier d'une année à l'autre.

Passer de l'auto-entreprise à la SASU

Il n'existe pas de mécanisme de transformation directe entre une entreprise individuelle et une SASU. Ces deux structures relèvent de natures juridiques différentes : l'une n'a pas de personnalité morale distincte, l'autre en possède une. Faire évoluer son activité suppose donc de créer la SASU en tant que nouvelle entité, puis d'y transférer la clientèle ou le fonds de commerce, par voie d'apport ou de cession.

Cette opération s'accompagne d'une cessation de l'activité individuelle auprès du Guichet unique, une fois le transfert réalisé. Le fonds de commerce ou la clientèle apportés à la société font l'objet d'une évaluation, qui peut nécessiter l'intervention d'un professionnel selon la valeur concernée.

Le mouvement inverse suit une logique symétrique : passer d'une SASU à une activité en nom propre suppose au préalable la dissolution puis la liquidation de la société, avant de pouvoir déclarer une nouvelle entreprise individuelle.

FAQ : SASU vs auto-entrepreneur

Peut-on cumuler le statut de micro-entrepreneur et la qualité d'associé unique d'une SASU ?

Oui, rien n'interdit à une même personne d'exercer une activité en micro-entreprise et de détenir, en parallèle, la totalité des actions d'une SASU exerçant une activité distincte. Les deux structures restent juridiquement indépendantes, avec leurs propres obligations déclaratives et sociales.

Le président d'une SASU peut-il choisir de ne pas se rémunérer ?

Oui. Le président d'une SASU n'est pas tenu de se verser une rémunération. En l'absence de rémunération, aucune cotisation sociale n'est due au titre du mandat social, mais aucun droit à prestation n'est constitué pour cette période.

Que se passe-t-il si un micro-entrepreneur dépasse le plafond de chiffre d'affaires ?

Le dépassement du plafond sur une seule année n'entraîne pas de sortie immédiate du régime micro. La sortie devient effective au 1er janvier de l'année suivant deux années consécutives de dépassement, avec un basculement vers un régime réel d'imposition.

La SASU permet-elle de s'associer facilement avec d'autres personnes ?

Oui. La SASU peut évoluer en SAS classique par simple entrée d'un ou plusieurs nouveaux associés au capital, sans transformation de la forme juridique de la société. Cette souplesse constitue un avantage par rapport au statut de micro-entrepreneur, qui ne permet pas d'accueillir d'associé.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de commerce – Article L227-1 (SASU)
  2. Code général des impôts – Article 219 (taux de l'impôt sur les sociétés)
  3. Service-Public.fr – Régime fiscal et social de la micro-entreprise
  4. URSSAF – Taux de cotisations des micro-entrepreneurs
  5. Loi n° 2022-172 du 14 février 2022 – Séparation des patrimoines de l'entrepreneur individuel