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Impayés en entreprise : guide des recours juridiques

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 9 minutes de lecture

Une facture arrivée à échéance et restée impayée place l'entreprise créancière devant une question concrète : relancer encore, ou engager une procédure formelle ? Le choix dépend du montant en jeu, du comportement du débiteur, et de la nature exacte de la créance.

Le droit français propose plusieurs voies de recours, de la simple lettre de relance à l'assignation devant un tribunal. Chacune répond à une situation différente : certaines sont rapides mais réservées aux créances non contestées, d'autres sont plus lourdes mais permettent de trancher un véritable litige.

Bien engagée, chaque étape augmente la pression sur le débiteur sans multiplier inutilement les coûts pour le créancier. Mal engagée, elle peut au contraire retarder le recouvrement de plusieurs mois.

Accès direct :

Qu'est-ce qu'un impayé, et à partir de quand agir ?

Un impayé correspond à une créance certaine, liquide et exigible qui n'a pas été réglée à son échéance. Une créance certaine existe dans son principe et n'est pas sérieusement contestée ; elle est liquide lorsque son montant est déterminé ; elle est exigible dès que le délai de paiement convenu est dépassé.

Cette qualification a une importance pratique : plusieurs procédures de recouvrement, notamment le référé-provision et l'injonction de payer, ne sont ouvertes que si la créance présente ces trois caractéristiques. Une créance sérieusement contestée par le débiteur — parce qu'il invoque un défaut de livraison, une malfaçon ou une contestation du prix — relève d'une procédure différente, l'assignation en paiement au fond.

Le moment à partir duquel une entreprise peut agir dépend du terme convenu entre les parties. En l'absence de date de paiement précisée entre professionnels, le Code de commerce fixe un délai par défaut de 30 jours après la réception des marchandises ou l'exécution de la prestation.

Point de vigilance

Une créance impayée ne peut pas être réclamée indéfiniment. Entre professionnels, l'action en paiement se prescrit par 5 ans à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir, en application de l'article L110-4 du Code de commerce.

Ce délai est ramené à 2 ans lorsque le débiteur est un consommateur agissant hors de son activité professionnelle. Passé le délai applicable, la créance n'est pas éteinte, mais devient inexigible devant un tribunal si le débiteur invoque la prescription.

La phase amiable : relance et mise en demeure

Avant toute action judiciaire, la quasi-totalité des créanciers commence par une phase amiable. Cette étape n'est pas une simple formalité : elle conditionne souvent la suite de la procédure et peut suffire à obtenir le paiement sans frais supplémentaires.

La lettre de relance constitue généralement la première étape. Elle rappelle au débiteur l'existence de la facture impayée et l'invite à régulariser sa situation, sans emporter par elle-même d'effet juridique contraignant.

Si la relance reste sans effet, la mise en demeure marque une étape supplémentaire. Ce courrier formel, adressé par lettre recommandée avec accusé de réception, somme le débiteur de payer dans un délai précis. Elle produit des effets juridiques : elle fait courir les intérêts moratoires pour les créances qui n'y sont pas déjà soumises automatiquement, et constitue souvent un préalable exigé avant certaines procédures judiciaires.

La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances

Pour les créances d'un faible montant, la loi a instauré une procédure allégée qui évite totalement le passage devant un juge. Elle est ouverte pour les créances de nature contractuelle ou résultant d'une obligation légale, d'un montant qui n'excède pas 5 000 €, conformément à l'article L125-1 du Code des procédures civiles d'exécution.

Le créancier confie sa demande à un commissaire de justice — la dénomination des huissiers de justice depuis 2022 — qui adresse au débiteur une lettre recommandée l'invitant à payer ou à contester la créance. Le débiteur dispose d'un délai d'un mois pour répondre.

S'il accepte de payer, un accord est signé et le commissaire de justice délivre directement un titre exécutoire, sans qu'aucun juge n'intervienne. En l'absence de réponse ou en cas de refus, le créancier doit se tourner vers une autre procédure, comme l'injonction de payer.

Les procédures judiciaires de recouvrement

Lorsque la phase amiable échoue et que le montant de la créance dépasse le champ de la procédure simplifiée, ou que le débiteur ne coopère pas, trois procédures judiciaires principales permettent d'obtenir un titre exécutoire contre lui.

L'injonction de payer

L'injonction de payer est une procédure rapide, sans audience, réservée aux créances non sérieusement contestées. Le créancier dépose une requête accompagnée des pièces justificatives auprès du greffe du tribunal compétent — tribunal de commerce si le débiteur est commerçant, tribunal judiciaire dans les autres cas.

Si le juge fait droit à la demande, il rend une ordonnance portant injonction de payer, que le créancier doit faire signifier au débiteur par un commissaire de justice dans un délai de 6 mois. Le débiteur dispose alors d'un mois à compter de cette signification pour former opposition. Sans opposition dans ce délai, l'ordonnance devient exécutoire.

Le référé-provision

Le référé-provision permet d'obtenir rapidement une somme d'argent lorsque l'obligation du débiteur n'est pas sérieusement contestable, au sens de l'article 835 du Code de procédure civile. Contrairement à l'injonction de payer, cette procédure suppose une audience devant le juge des référés, mais elle reste nettement plus rapide qu'un procès classique.

Le juge des référés ne statue pas sur le fond du litige : il accorde une provision, c'est-à-dire une avance sur la somme due, sans trancher définitivement une contestation qui subsisterait par ailleurs.

L'assignation en paiement au fond

Lorsque le débiteur conteste réellement la créance — qualité de la prestation, existence même de la dette, compensation invoquée — aucune des procédures précédentes n'est adaptée. Le créancier doit alors engager une procédure au fond par voie d'assignation, devant le tribunal de commerce ou le tribunal judiciaire selon la qualité des parties.

Cette procédure contradictoire permet au juge d'examiner l'ensemble des arguments avant de statuer sur le litige. Elle est plus longue — souvent plusieurs mois, davantage en cas d'appel — mais c'est la seule voie possible face à un débiteur qui conteste sérieusement sa dette.

Tableau comparatif des recours disponibles

Le choix de la procédure dépend principalement du montant de la créance et du caractère contesté ou non de la dette. Le tableau suivant résume les caractéristiques principales de chaque recours.

Procédure Caractéristiques principales
Mise en demeure Démarche non judiciaire ; point de départ des intérêts moratoires ; souvent préalable nécessaire aux recours judiciaires
Petites créances Créance ≤ 5 000 € ; traitée par un commissaire de justice ; nécessite l'accord du débiteur ; aucun juge saisi
Injonction de payer Procédure rapide sur dossier, sans audience ; opposition possible du débiteur dans le mois suivant la signification
Référé-provision Procédure d'urgence ; réservée aux créances non sérieusement contestables ; audience devant le juge des référés
Assignation au fond Procédure classique et contradictoire ; adaptée aux créances contestées ; délai de plusieurs mois

Checklist : avant d'engager une procédure de recouvrement

Avant de choisir une procédure, quelques vérifications permettent d'éviter une démarche inadaptée ou un rejet pour vice de forme. Ces points doivent être contrôlés systématiquement.

Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de recouvrement

Au-delà du recouvrement du principal, la loi prévoit des sanctions financières automatiques en cas de retard de paiement entre professionnels. Ces montants s'ajoutent à la créance principale et peuvent être réclamés dans le cadre de n'importe laquelle des procédures présentées précédemment.

Les pénalités de retard légales courent automatiquement dès le lendemain de la date de paiement figurant sur la facture, sans qu'une mise en demeure soit nécessaire, en application de l'article L441-10 du Code de commerce. À cela s'ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 €, due de plein droit à tout professionnel confronté à un impayé.

Si la créance devient définitivement irrécouvrable malgré les procédures engagées, l'entreprise créancière peut, sous certaines conditions, constater une provision comptable pour créance douteuse, voire envisager la déductibilité fiscale de la perte correspondante.

FAQ : recours contre un impayé

Faut-il obligatoirement un avocat pour engager une procédure de recouvrement ?

Non systématiquement. Devant le tribunal de commerce, aucune représentation par avocat n'est jamais obligatoire, quel que soit le montant de la créance. Devant le tribunal judiciaire, la représentation par avocat devient obligatoire au-delà de 10 000 €, sauf pour la requête en injonction de payer, qui reste dispensée de cette obligation.

Le débiteur peut-il contester une ordonnance d'injonction de payer déjà signifiée ?

Oui, le débiteur dispose d'un délai d'un mois à compter de la signification de l'ordonnance pour former opposition auprès du greffe du tribunal qui l'a rendue. Passé ce délai, l'ordonnance devient définitive et peut recevoir la formule exécutoire, ce qui la rend exécutoire comme un jugement.

Que se passe-t-il si le débiteur ne répond pas dans le cadre de la procédure des petites créances ?

L'absence de réponse dans le délai d'un mois équivaut à un refus. Le commissaire de justice ne peut alors délivrer aucun titre exécutoire, et le créancier doit engager une autre procédure, comme l'injonction de payer ou l'assignation en paiement.

Les intérêts de retard courent-ils à partir de la mise en demeure ?

Cela dépend de la nature de la créance. Entre professionnels, les pénalités de retard courent automatiquement dès le lendemain de la date de paiement figurant sur la facture, sans mise en demeure nécessaire. Pour les autres créances civiles, les intérêts moratoires ne courent en principe qu'à compter de la mise en demeure, sauf stipulation contraire.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de commerce – Articles L441-10 et L110-4
  2. Code de procédure civile – Articles 1405 à 1425 et 835
  3. Code des procédures civiles d'exécution – Article L125-1
  4. Service-Public.fr – Recouvrer une créance impayée