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Commissaire aux comptes en SARL : quand est-il obligatoire ?

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 6 minutes de lecture

La désignation d'un commissaire aux comptes n'est pas systématique dans une SARL. Elle dépend de seuils précis fixés par le Code de commerce, ainsi que de certaines situations particulières, comme l'existence d'un lien de contrôle avec une autre société.

Un gérant qui ignore ces règles s'expose à un risque réel : l'absence de désignation d'un commissaire aux comptes alors qu'elle est obligatoire constitue une infraction, et les décisions prises lors de l'assemblée d'approbation des comptes restent juridiquement fragiles.

Cet article détaille les seuils déclenchant l'obligation, les cas de contrôle entre sociétés, les possibilités de nomination volontaire, et les conséquences d'un manquement.

Accès direct :

Qu'est-ce qu'un commissaire aux comptes et quel est son rôle ?

Le commissaire aux comptes est un professionnel indépendant, inscrit sur la liste tenue par la Haute Autorité de l'audit, chargé de contrôler la régularité, la sincérité et l'image fidèle des comptes annuels d'une société. Sa mission est distincte de celle de l'expert-comptable, qui intervient dans la préparation et la tenue de la comptabilité.

Dans une SARL, le commissaire aux comptes certifie les comptes annuels établis par la gérance. Il vérifie également certaines opérations spécifiques, comme les conventions conclues entre la société et ses dirigeants ou associés, et signale toute irrégularité constatée dans le cadre de sa mission.

Sa désignation peut résulter soit d'une obligation légale liée à la taille de la société, soit d'une décision volontaire des associés.

Quand la nomination d'un commissaire aux comptes devient-elle obligatoire ?

Depuis la réforme issue de la loi PACTE et du décret n° 2019-514 du 24 mai 2019, les seuils de désignation obligatoire d'un commissaire aux comptes sont harmonisés entre les différentes formes de sociétés commerciales, dont la SARL. L'article L223-35 du Code de commerce impose cette désignation dès que la société dépasse, à la clôture d'un exercice social, deux des trois seuils suivants.

Seuil Valeur
Total du bilan 4 000 000 €
Chiffre d'affaires HT 8 000 000 €
Nombre moyen de salariés 50

Le dépassement de deux de ces trois seuils, constaté à la clôture d'un seul exercice, suffit désormais à déclencher l'obligation. Contrairement à la règle applicable avant cette réforme, il n'est plus nécessaire de dépasser ces seuils pendant deux exercices consécutifs pour devenir tenu de nommer un commissaire aux comptes.

Quand l'obligation cesse-t-elle ?

La sortie de l'obligation obéit à une logique différente. Une SARL déjà dotée d'un commissaire aux comptes n'est dispensée de renouveler sa désignation au terme du mandat en cours que si elle est restée sous les seuils pendant les deux exercices précédant l'expiration de ce mandat. Cette asymétrie explique pourquoi certaines sociétés conservent un commissaire aux comptes plusieurs années après avoir franchi les seuils à la baisse.

Erreur fréquente

Beaucoup de dirigeants pensent qu'il faut dépasser les seuils pendant deux exercices consécutifs pour devoir nommer un commissaire aux comptes. Ce n'était vrai qu'avant la réforme de 2019.

Depuis lors, le franchissement constaté à la clôture d'un seul exercice suffit à déclencher l'obligation, alors que la sortie du dispositif reste soumise à une condition de deux exercices consécutifs sous les seuils.

Le cas particulier des sociétés liées par un lien de contrôle

L'article L223-35 du Code de commerce prévoit une obligation distincte, indépendante des seuils de bilan, de chiffre d'affaires et d'effectif. Une SARL qui contrôle une ou plusieurs sociétés, ou qui est elle-même contrôlée par une ou plusieurs sociétés au sens des II et III de l'article L233-16 du Code de commerce, est tenue de désigner un commissaire aux comptes.

Cette notion de contrôle recouvre notamment la détention directe ou indirecte d'une fraction des droits de vote donnant une majorité dans les assemblées, ou l'exercice d'une influence dominante en vertu d'un contrat ou de clauses statutaires. Elle vise à empêcher qu'un groupe de sociétés échappe au contrôle d'un commissaire aux comptes en répartissant son activité entre plusieurs structures de taille individuellement modeste.

Cette situation se rencontre fréquemment lorsqu'une SARL détient des filiales, ou lorsqu'elle est elle-même filiale d'une société mère, dans le cadre plus large des obligations juridiques annuelles qui pèsent sur la société. Dans ces configurations, il est recommandé de vérifier la qualification du lien de contrôle au regard de l'article L233-16, car son analyse peut s'avérer complexe.

La nomination volontaire et la demande judiciaire des associés

En dehors de toute obligation légale, les associés d'une SARL peuvent décider, à tout moment, de nommer un commissaire aux comptes à titre volontaire. Cette décision relève de la compétence de l'assemblée générale des associés et peut être motivée par plusieurs raisons : rassurer un partenaire financier, préparer une levée de fonds, ou renforcer la crédibilité de la société auprès de ses partenaires commerciaux.

Le Code de commerce ouvre également une voie spécifique aux associés minoritaires. Un ou plusieurs associés représentant au moins un dixième du capital social peuvent demander en justice la désignation d'un commissaire aux comptes, même si la société ne remplit aucune des conditions de désignation obligatoire. Cette faculté constitue un outil de protection pour les associés qui ne disposent pas de la majorité nécessaire pour l'obtenir en assemblée.

Checklist : vérifier si votre SARL doit nommer un commissaire aux comptes

Voici les points à examiner, à la clôture de chaque exercice, pour déterminer si la désignation d'un commissaire aux comptes s'impose à votre société.

Durée du mandat et commissaire aux comptes suppléant

Le mandat du commissaire aux comptes titulaire est fixé à six exercices sociaux. Il ne peut être renouvelé qu'à l'issue de ce mandat, par une décision des associés réunis en assemblée générale ordinaire, notamment lors de celle appelée à statuer sur l'approbation des comptes annuels.

La désignation d'un commissaire aux comptes suppléant, chargé de remplacer le titulaire en cas de refus, d'empêchement, de démission ou de décès, n'est obligatoire que lorsque le commissaire titulaire est une personne physique. Elle ne s'impose pas lorsque le titulaire est une société de commissaires aux comptes.

Que risque une SARL qui ne désigne pas de commissaire aux comptes alors qu'il est obligatoire ?

L'absence de désignation d'un commissaire aux comptes, alors que la société y est légalement tenue, constitue une infraction pénale. L'article L820-4 du Code de commerce punit d'une amende de 30 000 € le fait, pour le gérant, de ne pas provoquer cette désignation.

Au-delà de la sanction pénale, tout intéressé, y compris un associé, un créancier ou le ministère public, peut demander en justice la désignation d'un commissaire aux comptes lorsque la société s'y est soustraite. Cette carence fragilise également la validité des décisions prises lors de l'assemblée d'approbation des comptes annuels, dès lors que le contrôle légal des comptes n'a pas été assuré.

FAQ : commissaire aux comptes en SARL

Un expert-comptable peut-il remplacer un commissaire aux comptes en SARL ?

Non. L'expert-comptable intervient dans la préparation et la tenue de la comptabilité de la société, tandis que le commissaire aux comptes exerce une mission de contrôle indépendant et certifie les comptes annuels. Les deux missions sont distinctes et ne peuvent être exercées simultanément par la même personne pour la même société.

Une EURL est-elle soumise aux mêmes règles qu'une SARL ?

Oui. L'EURL est une SARL à associé unique et relève des mêmes dispositions de l'article L223-35 du Code de commerce. Les seuils de désignation d'un commissaire aux comptes sont donc identiques.

Le commissaire aux comptes doit-il être présent à l'assemblée générale d'approbation des comptes ?

Il doit être convoqué à cette assemblée dans les mêmes conditions que les associés. Sa présence effective n'est pas une condition de validité de l'assemblée, mais l'absence de convocation régulière constitue une irrégularité.

Comment vérifier qu'un commissaire aux comptes est habilité à exercer ?

Le commissaire aux comptes doit être inscrit sur la liste tenue par la Haute Autorité de l'audit (H3C). Cette inscription garantit qu'il remplit les conditions de compétence et d'indépendance requises pour exercer cette fonction.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de commerce – Article L223-35
  2. Code de commerce – Article L233-16
  3. Code de commerce – Article L820-4
  4. Code de commerce – Article L823-3
  5. Décret n° 2019-514 du 24 mai 2019
  6. Service-Public.fr – Commissaire aux comptes dans une société commerciale