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CFE d'une SARL : base de calcul, dates de paiement et exonérations

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 9 minutes de lecture

La cotisation foncière des entreprises fait partie des impôts locaux dus par la quasi-totalité des SARL en activité, indépendamment de leur rentabilité. Contrairement à l'impôt sur les sociétés, elle ne dépend pas du résultat de l'exercice : une société déficitaire reste redevable de la CFE dès lors qu'elle exerce une activité professionnelle en France au 1er janvier de l'année d'imposition.

Le montant dû dépend de plusieurs éléments propres à chaque SARL : la valeur locative des locaux utilisés, le chiffre d'affaires réalisé, la commune d'implantation et, le cas échéant, les exonérations applicables. Une erreur de déclaration ou un paiement tardif expose la société à une majoration automatique, indépendamment de sa bonne foi.

La CFE constitue l'un des postes récurrents des obligations fiscales d'une SARL, aux côtés de l'impôt sur les sociétés et de la TVA. Comprendre sa base de calcul, ses échéances et les exonérations mobilisables permet d'éviter les mauvaises surprises et d'anticiper correctement la trésorerie.

Accès direct :

Qu'est-ce que la CFE et quelles SARL sont concernées ?

La cotisation foncière des entreprises (CFE) est l'une des deux composantes de la contribution économique territoriale (CET), impôt local perçu au profit des communes et des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Elle finance directement les collectivités où une entreprise exerce son activité, indépendamment de son résultat.

En application de l'article 1447 du Code général des impôts, toute personne physique ou morale exerçant en France, à titre habituel, une activité professionnelle non salariée, est redevable de la CFE. Une SARL exerçant une activité commerciale, industrielle, artisanale ou libérale (notamment sous forme de SELARL) entre systématiquement dans ce champ, dès lors qu'elle exerce cette activité au 1er janvier de l'année d'imposition.

La CFE est due par établissement, et non uniquement au niveau du siège social. Une SARL disposant de plusieurs établissements dans des communes distinctes doit une cotisation pour chacun d'eux, calculée séparément selon les règles applicables à chaque implantation.

Une exception mérite d'être signalée : une SARL qui se limite strictement à la gestion de son propre patrimoine, sans exercer d'activité professionnelle habituelle (certaines structures purement patrimoniales), peut échapper à la CFE. Cette situation reste toutefois rare et s'apprécie au cas par cas, en fonction de la réalité de l'activité exercée.

Comment est calculée la base d'imposition de la CFE ?

La valeur locative des biens immobiliers

La base d'imposition de la CFE repose sur la valeur locative des biens passibles de taxe foncière (locaux, terrains) dont la SARL a disposé pour les besoins de son activité professionnelle. Cette valeur locative est appréciée au titre de l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition : pour la CFE due en 2027, la base se calcule sur les biens utilisés en 2025.

Peu importe que la SARL soit propriétaire ou locataire des locaux : c'est l'entreprise qui utilise le bien pour son activité qui est redevable, et non le propriétaire du local en tant que tel. Une société qui loue son local commercial reste donc pleinement concernée par cette base.

La cotisation minimum

Lorsque la valeur locative des locaux professionnels de la SARL est faible, inexistante, ou lorsque la société ne dispose d'aucun local dédié (activité exercée au domicile du gérant, chez les clients, ou en télétravail exclusif), la CFE est établie sur une base minimum forfaitaire. Cette base minimum est fixée chaque année par la commune ou l'EPCI, à l'intérieur d'une fourchette légale qui varie selon le chiffre d'affaires ou les recettes hors taxes réalisés par la société au cours de l'année de référence.

L'article 1647 D du Code général des impôts fixe six tranches de chiffre d'affaires, chacune associée à une fourchette de base minimum plus large à mesure que le chiffre d'affaires augmente :

Les montants exacts de base minimum applicables à chaque tranche sont revalorisés chaque année et diffèrent d'une commune à l'autre. Le montant retenu pour une SARL donnée figure directement sur son avis de CFE, disponible sur son espace professionnel.

Le taux applicable

Le taux de CFE n'est pas fixé au niveau national. Il est voté chaque année par la commune ou l'EPCI dont dépend l'établissement. Ce taux varie donc sensiblement d'une commune à l'autre, ce qui explique que deux SARL comparables installées dans des communes différentes puissent payer des montants de CFE très différents pour une valeur locative équivalente.

Erreur fréquente

La CFE n'est pas calculée sur le bénéfice de la SARL, contrairement à l'impôt sur les sociétés. Une société déficitaire, voire sans aucun chiffre d'affaires sur l'exercice, reste redevable de la cotisation minimum dès lors qu'elle exerce une activité au 1er janvier.

Confondre cette cotisation avec un impôt assis sur le résultat conduit parfois à contester à tort un avis de CFE reçu alors même que la société n'a généré aucun profit sur l'année concernée.

Déclarations et dates de paiement de la CFE

Les déclarations à effectuer

La création d'un nouvel établissement impose de déposer une déclaration initiale, le formulaire 1447-C-SD, au plus tard le 31 décembre de l'année de création. Cette déclaration permet à l'administration fiscale d'identifier l'établissement, sa surface, son activité et, le cas échéant, de calculer une exonération applicable dès l'origine.

Tant qu'aucun changement n'intervient (surface des locaux, nombre de salariés, cessation partielle d'activité, demande d'exonération), aucune déclaration annuelle n'est requise : l'avis de CFE est calculé automatiquement par l'administration à partir des éléments déjà connus. En cas de changement, la déclaration modificative 1447-M-SD doit être déposée au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai de l'année en cours, pour être prise en compte au titre de l'année suivante.

Ces échéances déclaratives s'ajoutent à l'ensemble des dates que suit une SARL sur l'année, souvent regroupées dans un calendrier fiscal et juridique propre à chaque société.

L'acompte du 15 juin

Lorsque la cotisation de CFE due par la SARL au titre de l'année précédente atteint ou dépasse 3 000 €, un acompte égal à 50 % de cette cotisation doit être versé au plus tard le 15 juin de l'année en cours. Ce mécanisme, calculé automatiquement par l'administration sur la base de l'imposition antérieure, rappelle celui appliqué aux acomptes d'impôt sur les sociétés versés par les SARL soumises à l'IS.

L'acompte figure sur l'espace professionnel du site impots.gouv.fr et doit être réglé par un moyen de paiement dématérialisé. Aucune relance systématique n'est adressée avant cette échéance : il revient à la société de consulter son espace professionnel en temps utile.

Le solde du 15 décembre

Le solde de la CFE, correspondant à la différence entre la cotisation définitive de l'année et l'acompte déjà versé, doit être réglé au plus tard le 15 décembre. L'avis correspondant est généralement mis en ligne dans le courant du mois de novembre, sur l'espace professionnel du redevable.

Pour les SARL dont la CFE annuelle reste inférieure à 3 000 €, aucun acompte n'est exigé : la totalité de la cotisation est réglée en une seule fois, à cette même échéance du 15 décembre.

Le paiement dématérialisé obligatoire

Le règlement de la CFE doit obligatoirement s'effectuer par un moyen dématérialisé : prélèvement à l'échéance, prélèvement mensuel dans le cadre d'une mensualisation, ou paiement direct depuis l'espace professionnel. Le paiement par chèque n'est plus accepté pour cet impôt.

La mensualisation permet d'étaler le paiement sur l'année plutôt que de subir deux échéances concentrées. Pour être applicable dès l'année en cours, l'option doit être activée avant le 30 juin depuis l'espace professionnel du redevable.

Checklist : les échéances de CFE à ne pas manquer

Voici les cinq points de vigilance pour gérer sa CFE sans mauvaise surprise, de la création de l'établissement au paiement du solde annuel.

Quelles exonérations de CFE pour une SARL ?

L'exonération de plein droit la première année

En application de l'article 1478 du Code général des impôts, une SARL nouvellement créée n'est redevable d'aucune CFE au titre de l'année civile de sa création, quelle que soit la date d'immatriculation au cours de cette année. Cette exonération est automatique et ne nécessite aucune démarche particulière. Elle s'inscrit parmi les particularités qui caractérisent la première année d'une SARL sur le plan fiscal et administratif.

La réduction de moitié la deuxième année

Au titre de l'année suivant celle de la création, la base d'imposition est calculée à partir des immobilisations dont disposait la SARL au 31 décembre de l'année de création, puis réduite de moitié. Cette réduction s'applique automatiquement, sans démarche spécifique de la société.

Les exonérations liées à la zone d'implantation

Certaines zones du territoire ouvrent droit à des exonérations temporaires de CFE, sur délibération des collectivités concernées : zones de revitalisation rurale (ZRR), quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), zones franches urbaines-territoires entrepreneurs (ZFU-TE), ou bassins d'emploi à redynamiser (BER). Ces exonérations doivent être demandées expressément dans la déclaration 1447-C-SD ou 1447-M-SD, dans les délais impartis, et sont soumises à des conditions propres à chaque dispositif (localisation précise, effectif salarié, nature de l'activité).

Les exonérations qui ne concernent pas les SARL

Certaines exonérations prévues par le Code général des impôts, comme celle bénéficiant à certains artisans exerçant seuls ou avec l'aide d'un membre de leur famille, sont réservées aux entrepreneurs individuels et ne s'appliquent pas à une SARL, même lorsque son activité revêt un caractère artisanal. Vérifier la nature exacte de chaque exonération évite de fonder une demande vouée à être rejetée.

FAQ : CFE d'une SARL

La CFE est-elle due si la SARL n'a réalisé aucun chiffre d'affaires ?

Oui, en principe. Toute SARL inscrite au 1er janvier et n'ayant pas cessé son activité reste redevable de la cotisation minimum, même en l'absence de chiffre d'affaires sur l'exercice. Seule une cessation totale d'activité avant le 1er janvier permet d'échapper à la CFE de l'année suivante.

Comment demander une exonération liée à une zone d'aide (ZRR, QPV, ZFU) ?

La demande s'effectue via la déclaration 1447-C-SD ou 1447-M-SD, en cochant la case correspondant au dispositif concerné, avant la date limite applicable, accompagnée des justificatifs requis par l'administration fiscale.

Que se passe-t-il si le solde de CFE n'est pas payé le 15 décembre ?

Une majoration de 5 % s'applique automatiquement sur la somme non réglée à cette date, sans qu'une relance préalable de l'administration soit nécessaire pour la déclencher.

La CFE est-elle déductible du résultat imposable de la SARL ?

Oui, la CFE constitue une charge déductible du résultat fiscal de la société, contrairement à l'impôt sur les sociétés lui-même, qui n'est jamais déductible de sa propre base de calcul.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 1447
  2. Code général des impôts – Article 1478
  3. Code général des impôts – Article 1647 D
  4. impots.gouv.fr – La cotisation foncière des entreprises
  5. Service-Public.fr – Cotisation foncière des entreprises (CFE)