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Retard de paiement de TVA : intérêts et majorations

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 6 minutes de lecture

Une déclaration de TVA déposée à temps ne suffit pas à éviter toute pénalité si le paiement correspondant n'est pas honoré à la date d'échéance. Le retard de paiement de la TVA déclenche automatiquement deux mécanismes financiers distincts : une majoration de 5 % et un intérêt de retard calculé mois par mois.

Ces sanctions s'appliquent même lorsque la déclaration elle-même a été déposée dans les délais. Elles ne doivent pas être confondues avec les pénalités, bien plus lourdes, qui frappent un retard de déclaration.

Cet article détaille le calcul de la majoration et de l'intérêt de retard, les conséquences d'un paiement resté impayé après mise en demeure, et les possibilités de régularisation ou de contestation.

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Retard de paiement ou retard de déclaration : deux situations distinctes

La TVA est un impôt déclaratif : l'entreprise calcule elle-même le montant dû et le verse au moment où elle dépose sa déclaration, le plus souvent par prélèvement bancaire automatique validé sur le site impots.gouv.fr. Un retard de paiement survient lorsque la déclaration a été déposée dans les délais, mais que la somme correspondante n'a pas été effectivement encaissée par le Trésor public à la date d'échéance.

Ce cas de figure est fréquent lorsque le prélèvement échoue pour insuffisance de provision, lorsque les coordonnées bancaires n'ont pas été renseignées à temps, ou lorsque le paiement doit être effectué par un autre moyen que le prélèvement et que l'entreprise omet de le réaliser. Il se distingue nettement du retard de déclaration, qui concerne l'absence ou le dépôt tardif de la déclaration elle-même et obéit à un régime de pénalités bien plus sévère, détaillé dans notre article sur le retard de déclaration de TVA.

Paiement en retard, déclaration à temps Déclaration elle-même déposée en retard
Majoration de 5 %, appliquée automatiquement dès le lendemain de l'échéance Majoration de 10 %, 40 % ou 80 % selon les circonstances
Intérêt de retard de 0,20 % par mois Intérêt de retard de 0,20 % par mois
Article 1731 du Code général des impôts Article 1728 du Code général des impôts

L'intérêt de retard applicable en cas de paiement tardif

L'intérêt de retard, prévu par l'article 1727 du Code général des impôts, s'applique à toute somme versée après la date légale d'exigibilité, quelle que soit la cause du retard. Il ne constitue pas une sanction au sens strict, mais une indemnité destinée à compenser le préjudice financier subi par le Trésor public du fait du paiement différé.

Son taux est fixé à 0,20 % par mois de retard, soit 2,40 % par an. Il commence à courir le premier jour du mois qui suit celui au cours duquel la TVA devait être payée, et continue de courir jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel le paiement est effectivement réalisé.

Point de vigilance

La majoration de 5 % et l'intérêt de retard se cumulent systématiquement : le second ne remplace jamais la première.

Le calcul de l'intérêt de retard par mois entier, même commencé, signifie qu'un paiement réalisé quelques jours après l'échéance peut déjà générer un mois complet d'intérêt, quelle que soit la brièveté réelle du retard.

Pour un complément détaillé sur les modalités de calcul de cet intérêt, applicable à l'ensemble des impôts professionnels, consultez notre article dédié à l'intérêt de retard fiscal.

La majoration de 5 % pour paiement tardif de la TVA

En complément de l'intérêt de retard, l'article 1731 du Code général des impôts prévoit une majoration de 5 % applicable aux sommes dont le versement a été différé, dès lors que la déclaration correspondante a bien été déposée dans les délais. Cette majoration s'applique automatiquement, sans qu'une mise en demeure préalable soit nécessaire.

Elle porte uniquement sur le montant de TVA resté impayé à l'échéance, et non sur l'ensemble de la TVA collectée au titre de la période. Si une entreprise paie partiellement sa TVA à temps et laisse un solde en retard, seule la fraction impayée subit la majoration de 5 %.

Cette majoration de 5 % ne doit pas être confondue avec les majorations de 10 %, 40 % ou 80 % prévues par l'article 1728 du même code, qui sanctionnent, elles, le retard ou l'absence de déclaration elle-même.

Exemple de calcul du coût total d'un retard de paiement

Une entreprise doit 3 000 € de TVA au titre d'une période mensuelle. Sa déclaration est déposée dans les délais, mais le prélèvement bancaire échoue et le règlement n'intervient que trois mois plus tard.

Ce montant s'ajoute automatiquement à la somme initialement due, sans intervention d'un juge ni décision administrative individuelle. L'administration fiscale émet directement un avis de mise en recouvrement intégrant la majoration et l'intérêt de retard.

Checklist : réagir efficacement face à un retard de paiement de TVA

Un retard de paiement peut être régularisé rapidement si l'entreprise réagit sans attendre une mise en demeure. Voici les démarches à suivre dès que l'incident est identifié.

Que risque-t-on en cas de non-paiement persistant ?

Si la TVA reste impayée après l'échéance, l'administration fiscale peut adresser une mise en demeure de payer. Ce document fixe un nouveau délai, généralement de trente jours, avant l'engagement de poursuites.

En l'absence de régularisation, le comptable public peut recourir aux procédures de recouvrement forcé : avis à tiers détenteur auprès des banques ou des clients de l'entreprise, saisie, ou contrainte. L'action en recouvrement de l'administration se prescrit par quatre ans à compter de la mise en recouvrement, conformément à l'article L274 du Livre des procédures fiscales.

Ces mécanismes de recouvrement forcé s'appliquent de manière similaire à l'ensemble des impôts professionnels, comme le rappelle notre guide complet des pénalités fiscales.

Contester la majoration ou demander une remise gracieuse

L'intérêt de retard a un caractère indemnitaire et fait rarement l'objet d'une remise, car il ne sanctionne pas un comportement mais compense un préjudice financier objectif. La majoration de 5 %, en revanche, peut faire l'objet d'une demande de remise gracieuse auprès du service des impôts des entreprises, notamment en cas de première défaillance ou de difficultés financières ponctuelles justifiées.

Cette demande n'est jamais automatique et reste soumise à l'appréciation de l'administration. Lorsque la majoration ou l'intérêt de retard résultent d'une erreur imputable à l'administration elle-même, ou lorsque leur application paraît contestable en droit, un recours contentieux peut être engagé selon la procédure décrite dans notre article sur la contestation d'une pénalité fiscale.

FAQ : retard de paiement de la TVA

Le prélèvement automatique de TVA a échoué sans erreur de ma part : la majoration de 5 % s'applique-t-elle malgré tout ?

Oui, la majoration s'applique dès que le paiement n'est pas encaissé à l'échéance, quelle que soit la cause de l'incident. L'entreprise peut toutefois solliciter une remise gracieuse auprès du service des impôts des entreprises en expliquant les circonstances de l'échec du prélèvement.

Un retard de paiement d'un seul jour entraîne-t-il les mêmes conséquences qu'un retard de plusieurs semaines ?

La majoration de 5 % est fixe et ne varie pas selon la durée du retard. L'intérêt de retard, en revanche, augmente avec le temps puisqu'il est calculé par mois entier commencé, ce qui rend un retard prolongé plus coûteux.

Demander un délai de paiement avant l'échéance permet-il d'éviter la majoration ?

Un délai de paiement accordé par l'administration avant la date d'exigibilité peut permettre d'éviter la majoration de 5 % sur la période couverte par cet accord. L'intérêt de retard peut toutefois continuer à s'appliquer selon les conditions fixées par l'administration.

La majoration de 5 % s'applique-t-elle aussi en cas de crédit de TVA non remboursé ?

Non, cette majoration concerne uniquement un défaut de paiement d'une TVA due. Un crédit de TVA correspond à une situation inverse, où l'administration doit rembourser l'entreprise, et relève d'un régime entièrement différent.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 1727 (intérêt de retard)
  2. Code général des impôts – Article 1731 (majoration pour paiement tardif)
  3. Livre des procédures fiscales – Article L274 (prescription de l'action en recouvrement)
  4. Service-Public.fr – TVA : déclaration et paiement