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Réouverture des comptes en début d'exercice

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 6 minutes de lecture

Un nouvel exercice comptable ne commence jamais à zéro. Avant d'enregistrer la première facture de l'année, il faut reporter dans les nouveaux comptes les soldes issus de la clôture de l'exercice précédent : c'est l'opération de réouverture des comptes.

Cette étape technique est obligatoire pour toute société tenant une comptabilité en partie double. Elle garantit la continuité entre deux exercices et assure que le bilan d'ouverture d'une année correspond exactement au bilan de clôture de l'année précédente. Le résultat de l'exercice écoulé y occupe une place particulière, puisqu'il reste en attente d'affectation jusqu'à la décision de l'assemblée générale.

Cet article explique comment se déroule la réouverture des comptes, ce qu'il advient du résultat de l'exercice précédent, et les erreurs les plus fréquentes à éviter lors de cette opération.

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Qu'est-ce que la réouverture des comptes ?

À la clôture d'un exercice, tous les comptes ne sont pas traités de la même manière. Les comptes de gestion, qui enregistrent les charges (classe 6) et les produits (classe 7) de l'année, sont soldés : leur différence forme le résultat de l'exercice, viré au compte de résultat. Ces comptes repartent donc à zéro au premier jour du nouvel exercice.

Les comptes de bilan suivent une logique différente. Ils regroupent les comptes d'actif (immobilisations, stocks, créances, trésorerie) et les comptes de passif (capital, réserves, dettes). Ces comptes ne se soldent jamais à la clôture : ils représentent le patrimoine de la société à un instant donné, et leur solde doit se retrouver, à l'identique, à l'ouverture de l'exercice suivant.

Réouvrir les comptes consiste donc à reporter, au premier jour du nouvel exercice, les soldes de clôture de tous les comptes de bilan, une fois la clôture comptable annuelle achevée. Cette opération assure la continuité comptable exigée par le Code de commerce : le bilan d'ouverture d'un exercice doit être rigoureusement identique au bilan de clôture de l'exercice précédent.

Comment s'effectue le report des comptes de bilan ?

Le report des soldes s'effectue par une écriture particulière, généralement enregistrée dans un journal comptable dédié appelé journal des à-nouveaux, souvent noté « AN ». Chaque compte de bilan y est réinscrit avec le même solde qu'à la clôture, du même côté : un compte débiteur à la clôture reste débiteur à l'ouverture, un compte créditeur reste créditeur.

Concrètement, si le compte « Banque » affichait un solde débiteur de 12 500 € au 31 décembre, ce même montant est reporté en débit du compte « Banque » au 1er janvier suivant. Il en va de même pour les comptes de clients, de fournisseurs, d'immobilisations ou de capital social.

Une fois cette écriture passée, le total des soldes débiteurs doit être strictement égal au total des soldes créditeurs, et ce total doit correspondre au total du bilan de clôture de l'exercice précédent. Ce contrôle d'équilibre est indispensable : il garantit qu'aucun compte n'a été omis ou mal reporté. Les logiciels de comptabilité automatisent en général cette opération, mais elle doit être vérifiée avant d'enregistrer les premières opérations de l'année.

Les soldes ainsi reportés apparaissent ensuite dans le grand livre du nouvel exercice, comme point de départ de chaque compte.

Le résultat de l'exercice précédent en attente d'affectation

Le résultat de l'exercice précédent occupe une place particulière lors de la réouverture. Il n'est ni un bénéfice définitivement acquis à la société, ni une perte définitivement actée : il reste en attente d'une décision qui appartient aux associés ou à l'actionnaire, selon la forme de la société.

À l'ouverture du nouvel exercice, ce résultat est inscrit dans un compte spécifique : le compte 120 « Résultat de l'exercice – bénéfice » s'il s'agit d'un bénéfice, ou le compte 129 « Résultat de l'exercice – perte » s'il s'agit d'une perte. Ce compte figure au passif du bilan d'ouverture, dans l'attente de la décision d'affectation.

Cette décision d'affectation du résultat est prise par l'assemblée générale ordinaire annuelle, qui statue notamment sur l'approbation des comptes de l'exercice écoulé. Tant que cette assemblée ne s'est pas réunie, le résultat reste comptabilisé dans le compte 120 ou 129, sans être réparti entre réserves, dividendes ou report à nouveau.

Délai légal à respecter

L'assemblée générale ordinaire chargée d'approuver les comptes et d'affecter le résultat doit se réunir dans les six mois qui suivent la clôture de l'exercice. Ce délai peut être prorogé par ordonnance du président du tribunal compétent, à la demande du dirigeant.

Passé ce délai sans réunion ni prorogation, la société est en situation irrégulière. Le résultat reste alors comptabilisé en compte 120 ou 129 sur le bilan d'ouverture, sans possibilité de le régulariser correctement.

Régulariser les comptes après l'affectation du résultat

Une fois l'assemblée générale réunie et le résultat affecté, une écriture de régularisation doit être passée pour solder le compte 120 ou 129 et répartir son montant selon la décision prise.

Un bénéfice peut être affecté de plusieurs manières : mise en réserve, dans un compte 106 « Réserves » ; distribution aux associés, inscrite temporairement dans un compte de dettes tel que le compte 457 « Associés – dividendes à payer » jusqu'à leur versement effectif ; ou report à nouveau, dans le compte 110 « Report à nouveau – solde créditeur ». Ces trois options peuvent se combiner au sein d'une même décision d'affectation.

Lorsque l'exercice précédent s'est clôturé sur une perte, celle-ci est le plus souvent imputée au compte 119 « Report à nouveau – solde débiteur », en attendant d'être compensée par des bénéfices futurs. Elle peut aussi, dans certains cas, être couverte par un prélèvement sur les réserves existantes.

Cette écriture de régularisation intervient dans la foulée de l'assemblée générale, une fois le procès-verbal d'affectation signé. Elle ne modifie pas le total du bilan : elle se limite à répartir, entre plusieurs comptes de passif, un montant qui figurait auparavant dans un seul compte.

Checklist : réouvrir ses comptes étape par étape

Voici les étapes à suivre pour réouvrir correctement les comptes de bilan au début d'un nouvel exercice.

Les erreurs fréquentes à éviter

La réouverture des comptes est une opération répétitive, souvent automatisée, mais certaines erreurs reviennent régulièrement chez les dirigeants qui gèrent leur comptabilité sans accompagnement.

Ces erreurs concernent particulièrement les dirigeants qui tiennent eux-mêmes leur comptabilité sans passer par un expert-comptable. Une vérification systématique du bilan d'ouverture, comparé au bilan de clôture précédent, permet de détecter rapidement la plupart de ces anomalies.

FAQ : réouverture des comptes en début d'exercice

Faut-il réouvrir les comptes même si l'on utilise un logiciel de comptabilité automatisé ?

Oui. Le logiciel effectue le report technique des soldes, mais il ne vérifie pas toujours que l'affectation du résultat a été correctement enregistrée. Un contrôle manuel du bilan d'ouverture reste nécessaire, même avec un outil automatisé.

La réouverture des comptes concerne-t-elle une entreprise en comptabilité de trésorerie ?

Les entreprises tenant une comptabilité de trésorerie simplifiée, comme certains professionnels libéraux relevant du régime BNC, n'établissent pas de bilan et ne sont donc pas soumises à cette opération de réouverture des comptes de bilan.

Que se passe-t-il si l'assemblée générale ne se réunit pas dans le délai de six mois ?

La société se trouve en situation irrégulière. Le résultat reste comptabilisé dans le compte 120 ou 129 sans affectation possible, et le dirigeant engage sa responsabilité en cas de préjudice causé par ce retard.

Le compte 120 ou 129 apparaît-il dans les comptes annuels déposés ?

Oui, ce compte figure au passif du bilan tant que le résultat n'a pas été affecté. Une fois l'assemblée générale réunie, il disparaît au profit des comptes de réserves, de dividendes ou de report à nouveau qui le remplacent.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de commerce – Article L123-12
  2. Code de commerce – Article L232-11
  3. Code de commerce – Article L225-100
  4. Autorité des normes comptables – Règlement ANC n° 2014-03 relatif au Plan Comptable Général