Article

Régime mère-fille : conditions et avantages

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 7 minutes de lecture

Une société holding qui perçoit des dividendes de sa filiale peut se retrouver imposée deux fois sur le même bénéfice : une première fois au niveau de la filiale, une seconde fois au niveau de la société mère. Le régime mère-fille a précisément été conçu pour éviter cette double imposition économique.

Ce régime fiscal optionnel permet à une société mère d'exonérer la quasi-totalité des dividendes reçus de sa filiale, sous réserve de remplir plusieurs conditions cumulatives liées à la détention du capital, à la durée de conservation des titres et à l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Il constitue l'un des leviers fiscaux les plus utilisés dans les structures de holding.

Cet article détaille les conditions à respecter pour bénéficier du régime mère-fille, l'avantage fiscal réel qu'il procure, ainsi que ses limites.

Accès direct :

Qu'est-ce que le régime mère-fille ?

Le régime mère-fille est un régime fiscal prévu par les articles 145 et 216 du Code général des impôts. Il permet à une société soumise à l'impôt sur les sociétés, qualifiée de société mère, de percevoir les dividendes versés par une société dans laquelle elle détient une participation, appelée filiale, sans être imposée sur la quasi-totalité de leur montant.

Sans ce régime, les dividendes distribués par une filiale seraient imposés une première fois au niveau de la filiale, lors de la réalisation du bénéfice, puis une seconde fois au niveau de la société mère, lors de leur perception. Le régime mère-fille neutralise cette seconde imposition, à l'exception d'une quote-part résiduelle.

Ce mécanisme explique pourquoi le régime mère-fille constitue un élément central de la fiscalité des groupes de sociétés et des structures de holding. Il s'applique aussi bien aux filiales françaises qu'aux filiales établies dans un autre État membre de l'Union européenne ou dans un pays tiers, sous réserve du respect des conditions d'éligibilité.

Le régime mère-fille n'est jamais automatique : la société mère doit expressément opter pour son application, comme précisé plus loin dans cet article.

Quelles conditions faut-il remplir pour bénéficier du régime mère-fille ?

Quatre conditions cumulatives doivent être respectées simultanément. L'absence d'une seule d'entre elles suffit à exclure l'application du régime pour la participation concernée.

Condition Exigence légale
Assujettissement à l'IS La société mère et la filiale doivent toutes deux être soumises à l'impôt sur les sociétés. Une filiale étrangère est éligible si elle est soumise, dans son État, à un impôt équivalent à l'IS français.
Seuil de détention La société mère doit détenir au moins 5 % du capital de la filiale, en pleine propriété.
Durée de conservation Les titres doivent être conservés, ou faire l'objet d'un engagement de conservation, pendant une durée minimale de deux ans.
Forme des titres Les titres doivent être nominatifs, ou déposés dans un établissement agréé lorsque cette exigence légale s'applique.

La condition de pleine propriété exclut en principe les titres détenus en nue-propriété : la qualité d'associé et les droits pécuniaires attachés aux titres doivent être réunis entre les mêmes mains. Le démembrement de propriété admet toutefois des aménagements spécifiques, notamment lorsque l'usufruitier conserve l'exercice du droit de vote sur l'affectation des bénéfices.

La durée de conservation de deux ans peut être respectée par anticipation : la société mère peut appliquer le régime dès la perception des dividendes, à condition de s'engager formellement à conserver les titres jusqu'à l'expiration du délai. Si cet engagement n'est pas tenu, l'exonération pratiquée doit être reversée.

Quel est l'avantage fiscal réel du régime mère-fille ?

Le régime mère-fille n'exonère pas intégralement les dividendes perçus. La société mère doit réintégrer dans son résultat imposable une quote-part de frais et charges, calculée forfaitairement, quel que soit le montant réel des charges liées à la gestion de la participation.

Cette quote-part est fixée à 5 % du montant brut des dividendes perçus, crédit d'impôt éventuel inclus. En pratique, l'exonération porte donc sur 95 % du dividende reçu, les 5 % restants demeurant soumis à l'impôt sur les sociétés au taux applicable à la société mère.

Ce taux de 5 % peut être réduit à 1 % dans un cas précis : lorsque la société mère et la filiale appartiennent à un même groupe soumis au régime de l'intégration fiscale, et que la filiale est détenue à 95 % au moins par la société mère. Ce taux réduit résulte d'une évolution législative consécutive à la jurisprudence européenne, et relève d'un régime distinct, cumulable avec le régime mère-fille mais soumis à ses propres conditions.

Situation Quote-part de frais et charges
Régime mère-fille seul, hors intégration fiscale 5 % du montant brut des dividendes
Régime mère-fille cumulé à une intégration fiscale (détention ≥ 95 %) 1 % du montant brut des dividendes

L'articulation entre ces deux régimes explique pourquoi de nombreuses holdings recherchent une détention à 95 % ou plus de leurs filiales : ce seuil ouvre la voie à l'intégration fiscale et à une quote-part de frais et charges réduite, en complément du régime mère-fille applicable dès 5 % de détention.

Comment opter pour le régime mère-fille ?

L'option pour le régime mère-fille est exercée unilatéralement par la société mère, sans qu'un accord de la filiale soit nécessaire. Elle se matérialise par la souscription d'un état de suivi joint à la déclaration de résultat de la société mère, au titre de l'exercice de perception des dividendes.

Cette option n'est pas globale : elle peut être exercée filiale par filiale. Une société mère détenant plusieurs participations peut choisir d'appliquer le régime mère-fille à certaines d'entre elles et pas à d'autres, dès lors que les conditions sont remplies pour chacune. Le choix doit être formulé pour chaque exercice concerné, en fonction des dividendes perçus par la holding au titre de cet exercice.

Checklist : appliquer le régime mère-fille correctement

Avant d'opter pour le régime mère-fille au titre d'un exercice, vérifiez que chacun des points suivants est respecté pour la participation concernée.

Quelles sont les limites du régime mère-fille ?

Le régime mère-fille ne concerne que les dividendes et produits assimilés. Il ne s'applique pas aux plus-values réalisées lors de la cession des titres de participation, qui relèvent d'un régime distinct : celui des plus-values à long terme sur titres de participation, avec sa propre quote-part de frais et charges fixée à 12 % du montant de la plus-value brute. Confondre ces deux régimes conduit à des erreurs fréquentes dans le calcul du résultat fiscal des holdings.

Certaines distributions sont exclues du régime, quelles que soient les conditions de détention. C'est notamment le cas des dividendes prélevés sur des bénéfices exonérés d'impôt sur les sociétés chez la filiale distributrice, ou des produits versés par certaines sociétés bénéficiant d'un régime fiscal spécifique, comme les sociétés d'investissements immobiliers cotées pour la part de leur résultat exonéré.

Une clause anti-abus s'applique également : le régime mère-fille est écarté lorsque la participation a été mise en place principalement dans un but fiscal, sans motif économique réel, en contradiction avec l'objectif poursuivi par la directive européenne dont ce régime est issu.

Point de vigilance

Le régime mère-fille est fréquemment confondu avec le régime des plus-values de cession de titres de participation. Les deux dispositifs poursuivent un objectif proche — limiter la double imposition — mais s'appliquent à des revenus différents et selon des règles distinctes.

Le régime mère-fille vise les dividendes perçus chaque année. Le régime des plus-values à long terme vise le gain réalisé lors de la vente des titres, avec une quote-part de frais et charges propre de 12 %, sans lien avec le taux de 5 % applicable aux dividendes.

FAQ : régime mère-fille

Le régime mère-fille s'applique-t-il aux filiales situées à l'étranger ?

Oui, sous conditions. Une filiale établie dans un autre État membre de l'Union européenne bénéficie du régime grâce à la directive mères-filles. Une filiale établie hors de l'Union européenne reste éligible si elle est soumise à un impôt équivalent à l'IS français, sauf si elle est située dans un État ou territoire non coopératif.

Que se passe-t-il si la durée de détention de deux ans n'est pas respectée ?

Si la société mère a appliqué le régime par anticipation en s'engageant à conserver les titres pendant deux ans, et que cet engagement n'est pas tenu, elle doit réintégrer l'exonération pratiquée dans son résultat imposable, majorée des intérêts de retard.

Le régime mère-fille est-il cumulable avec l'intégration fiscale ?

Oui, les deux régimes sont cumulables et complémentaires. Lorsque la filiale est détenue à 95 % au moins et appartient à un groupe fiscalement intégré, la quote-part de frais et charges applicable aux dividendes est réduite à 1 % au lieu de 5 %.

Une société soumise à l'IS au taux réduit PME peut-elle bénéficier du régime mère-fille ?

Oui. Le taux d'imposition appliqué à la société mère, qu'il soit le taux normal ou le taux réduit des PME, n'a aucune incidence sur l'éligibilité au régime mère-fille. Seul compte l'assujettissement effectif à l'impôt sur les sociétés.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 145
  2. Code général des impôts – Article 216
  3. BOFiP – BOI-IS-BASE-10-10-10 – Régime fiscal des sociétés mères et filiales
  4. Directive 2011/96/UE du Conseil du 30 novembre 2011 – Régime commun applicable aux sociétés mères et filiales