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Compte courant d'associé : règles et rémunération

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 7 minutes de lecture

Une société qui traverse une période de tension de trésorerie ne dispose pas uniquement de la banque comme solution. Un associé peut avancer des fonds directement à sa société, sans passer par une augmentation de capital ni par un emprunt bancaire : c'est le principe du compte courant d'associé.

Cette avance peut rester gratuite ou être rémunérée par des intérêts. La loi encadre strictement qui peut alimenter ce compte, comment ces intérêts doivent être calculés, et dans quelle limite ils restent déductibles du résultat de la société. Au-delà de ce plafond, l'administration fiscale requalifie l'excédent en distribution de revenus.

Cet article explique le fonctionnement du compte courant d'associé, les conditions de sa rémunération et les règles fiscales applicables aux intérêts perçus.

Accès direct :

Qu'est-ce qu'un compte courant d'associé ?

Le compte courant d'associé est une somme d'argent qu'un associé met à la disposition de sa société, en dehors de son apport au capital social. Il peut s'agir d'une avance directe de trésorerie, ou de sommes que l'associé aurait le droit de percevoir (rémunération, dividendes) et qu'il choisit de laisser à la disposition de la société plutôt que de les encaisser immédiatement.

Juridiquement, ce compte courant constitue une créance de l'associé sur la société. Contrairement au capital social, qui reste immobilisé dans la société sauf réduction de capital formalisée, les sommes inscrites en compte courant sont en principe remboursables à tout moment, sur simple demande de l'associé, sauf convention contraire.

Sur le plan comptable, ces sommes figurent au passif du bilan de la société, dans un compte de dette dédié. Elles ne modifient ni le montant du capital social, ni la répartition des droits de vote entre associés.

Qui peut alimenter un compte courant d'associé ?

Recevoir des fonds remboursables du public relève en principe du monopole bancaire, réservé aux établissements de crédit par l'article L511-5 du Code monétaire et financier. Une société ne peut donc pas emprunter librement auprès de n'importe quel tiers.

L'article L312-2 du même code prévoit une exception précise pour les comptes courants d'associés. Peuvent consentir une avance en compte courant : les associés détenant au moins 5 % du capital social, les gérants, les administrateurs, les membres du directoire ou du conseil de surveillance, ainsi que les associés en nom ou les commanditaires des sociétés en commandite.

Un associé minoritaire qui détient moins de 5 % du capital et qui n'exerce aucune fonction de direction ne peut donc pas, en principe, avancer librement des fonds à la société sous cette forme. Cette restriction protège les tiers contre une collecte de fonds déguisée en dehors du système bancaire réglementé.

La rémunération du compte courant par des intérêts

Une rémunération facultative

Rien n'impose de rémunérer un compte courant d'associé. La société et l'associé peuvent convenir d'une avance totalement gratuite, ce qui reste la situation la plus fréquente lorsque l'associé cherche avant tout à soutenir la trésorerie de son entreprise. Lorsqu'une rémunération est prévue, elle prend la forme d'intérêts calculés sur le solde du compte, et doit être formalisée par une convention écrite précisant le taux applicable et ses modalités de calcul.

Le plafond de déductibilité fiscale

Lorsque la société relève de l'impôt sur les sociétés ou détermine un résultat selon un régime réel d'imposition, les intérêts versés à l'associé ne sont déductibles du résultat imposable que dans une certaine limite, fixée par l'article 39, 1-3° du Code général des impôts. Ce plafond correspond à la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises, d'une durée initiale supérieure à deux ans. Ce taux est publié chaque trimestre par l'administration fiscale.

La fraction des intérêts versée au-delà de ce plafond n'est pas déductible du résultat de la société. Elle est réintégrée dans le bénéfice imposable de la société, et traitée, chez l'associé, comme un revenu distribué plutôt que comme un intérêt d'emprunt.

La condition du capital entièrement libéré

La déduction des intérêts, même dans la limite du plafond, suppose que le capital social de la société soit entièrement libéré. Si des associés n'ont pas encore versé la totalité des apports en numéraire promis lors de la constitution ou d'une augmentation de capital, les intérêts versés sur les comptes courants ne sont pas déductibles, quel que soit leur montant.

La fiscalité des intérêts perçus par l'associé

Le régime fiscal applicable aux intérêts perçus dépend de la nature de l'associé bénéficiaire.

Associé personne physique Associé personne morale
Intérêts imposés comme revenus de capitaux mobiliers, soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu Intérêts intégrés au résultat imposable de la société bénéficiaire et soumis à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun
La société versante prélève un acompte non libératoire lors du paiement, sauf demande de dispense pour les foyers aux revenus modestes Aucun prélèvement à la source : l'intérêt perçu est simplement comptabilisé en produit financier

Ce traitement fiscal distinct explique pourquoi certains dirigeants comparent la rémunération par intérêts de compte courant à d'autres formes de rémunération, comme le choix entre dividendes et rémunération. Chaque option obéit à un régime fiscal et social propre, qu'il convient d'étudier au regard de la situation personnelle de l'associé.

Checklist : mettre en place une rémunération conforme

Avant de fixer un taux d'intérêt sur un compte courant d'associé, ces vérifications permettent d'éviter une remise en cause fiscale ultérieure.

Blocage et remboursement du compte courant

Sauf convention contraire, l'associé peut demander le remboursement de son compte courant à tout moment, y compris pour son intégralité et sans préavis. Cette liberté distingue nettement le compte courant du capital social, qui reste immobilisé dans la société sauf réduction de capital formalisée.

Cette possibilité de retrait immédiat peut fragiliser la trésorerie de l'entreprise si l'associé demande un remboursement à un moment où la société manque de liquidités. Pour éviter cette situation, notamment lorsqu'un établissement bancaire finance également la société, une convention de blocage peut être signée. Elle engage l'associé à ne pas demander le remboursement de son compte courant avant une date ou un évènement déterminé, souvent à la demande de la banque elle-même comme condition d'octroi d'un crédit.

Une convention de blocage doit être rédigée avec précision : elle fixe la durée du blocage, les conditions de sa levée, et le sort des intérêts éventuellement dus pendant cette période.

Point de vigilance : le compte courant débiteur des dirigeants

Un compte courant devient débiteur lorsque l'associé retire de la société plus qu'il n'y a apporté, ce qui revient à emprunter auprès d'elle. Cette situation est expressément interdite aux gérants, administrateurs, membres du directoire ou du conseil de surveillance personnes physiques, ainsi qu'à leurs conjoints et enfants, dans les SARL, SA et SAS.

Cette interdiction ne concerne pas les associés qui ne sont pas dirigeants, ni les associés personnes morales. Un compte courant débiteur d'un dirigeant, en violation de cette règle, peut être requalifié en abus de biens sociaux si les fonds sont utilisés dans un intérêt personnel étranger à celui de la société.

FAQ : compte courant d'associé

Le compte courant d'associé doit-il obligatoirement être rémunéré ?

Non, la rémunération d'un compte courant d'associé n'est jamais obligatoire. Les associés peuvent convenir d'une avance totalement gratuite, ce qui reste la situation la plus fréquente lorsque l'objectif est de soutenir la trésorerie de l'entreprise plutôt que de générer un revenu.

Quel est le taux plafond déductible actuellement applicable ?

Ce taux n'est pas fixe : il correspond à la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises, publiée chaque trimestre par l'administration fiscale. Il faut vérifier le taux en vigueur pour l'exercice comptable concerné.

Un associé minoritaire peut-il alimenter un compte courant ?

Uniquement s'il détient au moins 5 % du capital social ou s'il exerce une fonction de direction dans la société. En deçà de ce seuil et sans fonction de direction, l'avance ne relève pas de l'exception prévue par le Code monétaire et financier.

Que se passe-t-il si la société ne peut pas rembourser le compte courant ?

La société reste débitrice de l'associé, qui conserve sa créance. En l'absence de convention de blocage, l'associé peut réclamer son remboursement au même titre qu'un autre créancier, y compris dans le cadre d'une procédure collective, où sa créance sera traitée selon les règles applicables aux créanciers chirographaires.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code monétaire et financier – Article L312-2
  2. Code général des impôts – Article 39
  3. Code de commerce – Article L223-21
  4. Service-Public.fr – Compte courant d'associé